L’exposition « Robert Houdusse », organisée par sa famille, réunit aujourd’hui à Bordeaux cent cinquante de ses œuvres dont une trentaine illustre les mythes antiques, une rareté chez un peintre contemporain ; si l’artiste utilise un code plutôt formel pour les portraits, les paysages et les natures mortes, il peint la mythologie avec un style plus audacieux, d’une liberté quelque fois étonnante.
Ses études classiques et sa préparation pour le Prix de Rome  l’entraînent le dimanche matin au Musée du Louvre pour copier les chefs-d’œuvre de peinture et de sculpture dont il gardera la mémoire tout au long de sa carrière ; en témoigne le tableau Amazones (fonds d’atelier) peint quarante ans plus tard et exposé à Bordeaux dans les années1990 par Septemvir ; cette œuvre a été choisie pour annoncer la manifestation d’aujourd’hui.

 

Robert Houdusse a une préférence pour les déesses et les héroïnes : Amphitrite, Eurydice,Vénus, Diane, Flore, Aurore… et les Amazones , un peuple fabuleux de chasseresses qui refusent le pouvoir de l’homme sinon pour se reproduire ; à partir du Ve siècle av. J.-C., leur présence dans la Guerre de Troie inspire les artistes grecs ; elles apparaissent alors en guerrières sur les vases, les décors de bouclier, les bas reliefs (au Parthénon par exemple), en statues et classées par type selon leur gestuelle. Houdusse se réfère pour peindre l’Amazone1 du haut de son tableau – le bras droit levé au-dessus de sa tête, laissant passer son bras gauche devant le torse pour dénuder son sein droit blessé – au type « Sôsiclès », nom d’un sculpteur grec du IIe siècle ap. J.-C., copiste de la fameuse Amazone de Polyclète du Ve siècle av. J.-C., une oeuvre perdue aujourd’hui.

 

Trois copies, celles des musées du Capitole et du Vatican à Rome et celle du Louvre illustrent ce type. Catherine de Gabory , fille du peintre, se rappelle qu’au Louvre son père amenait ses enfants surtout dans le département gréco-romain, sa plus grande source d’inspiration. Cette Amazone domine sur son cheval fougueux, une scène plus mystérieuse racontée dans une des versions de L’Iliade : Penthésilée, la plus belle reine des Amazones qui entraîna son peuple dans la Guerre de Troie contre les Grecs, tue Patrocle, le très cher ami d’Achille, au cours d’un affrontement ; fou de rage et de douleur, ce dernier, après avoir enterré son ami, la poursuit et, à la suite d’un combat, lui transperce le corps et la désarçonne ; au même moment, il tombe amoureux de sa victime et s’unit à elle morte ; il l’enterre ensuite avec tous les honneurs non sans avoir été accusé de nécrophilie par certains de ses compagnons. Houdusse choisit le moment où, à terre, Penthésilée est en train de mourir ; les ténèbres envahissent son visage et sa blonde crinière ; son corps s’affaisse ; devant elle, Achille, en tenue de soldat grec, chauve – il a laissé sa chevelure sur la tombe de Patrocle en signe de deuil – est descendu de son cheval et tend les bras pour la serrer contre lui ; il vient de reconnaître une partenaire digne de lui, belle, courageuse, une héroïne. La vengeance et le combat entre un homme et une femme laissent alors la place à une histoire d’amour et de mort.

 

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